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"Pour le FN, l'écologie se résume à caresser les caniches des mémères"


Rédigé le Jeudi 13 Octobre 2016 à 22:09 | Lu 97 fois | 0 commentaire(s)


Une convention frontiste sur la protection animale avait lieu mardi. Mais, pour l'historien Stéphane François, les propositions ne sont pas cohérentes.


Mardi avait lieu la convention du FN sur la protection animale. Le collectif Belaud Argos, présidé par l'eurodéputée Sophie Montel, a formulé une trentaine de propositions. Lors de son discours de clôture de la conférence, Marine Le Pen a formulé des engagements de son programme pour la France : la création d'une « police de la protection animale », l'obligation de l'étourdissement de l'animal avant sa mise à mort dans les abattoirs (elle vise ainsi l'abattage rituel, notamment halal), le refus de tout traité favorisant l'industrie intensive (elle parle surtout du TAFTA), le développement d'alternatives massives en matière d'expérimentation animale et l'encouragement pour la recherche sur la zoothérapie.

Si la patronne du FN convoque le sujet « tôt », c'est parce qu'entre la question de l'Union européenne, de l'immigration et du terrorisme il sera « difficile », dit-elle, « de le faire valoir au coeur de la campagne présidentielle ». Pourtant, Marine Le Pen, qui revendique être une « mère à chats », y tient particulièrement. Au-delà de préserver la santé de nos amis les bêtes, elle souhaite redéfinir « le rapport de l'homme à l'animal » parce que, dit-elle, quand celui-ci « devient barbare », il ne faut attendre longtemps pour que l'« ensauvagement » prenne le pas dans les rapports entre les hommes. Présent sur les lieux, Florian Philippot a également vilipendé la Commission européenne qui « impose ses règles à la France en matière d'agriculture ». Mais, au-delà des beaux discours, les propositions sont-elles concrètes et constructives ? Le FN s'intéresse-t-il vraiment à l'écologie ? Ou s'agit-il d'une vaste opération de communication consistant à jouer sur la corde sensible des électeurs propriétaires de compagnons poilus ? Réponse avec Stéphane François, historien des idées, spécialiste de l'extrême droite et auteur du livre L'Écologie politique, une vision du monde réactionnaire ? (Cerf).
Le Point.fr : Le FN consacre un cercle de réflexion sur la protection des animaux pour alimenter le programme de Marine Le Pen. Est-ce nouveau pour le parti ?
Stéphane François : Oui, c'est assez nouveau. Ce cercle de réflexion va plus loin que la simple défense des animaux : réflexion sur l'expérimentation animale, réflexion sur les circuits courts et sur les conditions d'élevage (comme leur condamnation de la « ferme des 1 000 vaches » en Picardie…). On se rapproche d'un volet écologiste plus construit qu'auparavant, mais, pour l'instant, ça reste quand même très superficiel. C'est du saupoudrage. Pour résumer, cela se résume surtout à caresser les caniches des mémères. Ils parlent des circuits courts et des conditions dans les abattoirs pour s'attaquer au halal, mais ils ne proposent rien de précis sur les conditions d'élevage. Ils ne disent pas comment remplacer les pesticides. Ils veulent un retour à la ferme d'antan. Sauf que la ferme d'antan, c'est 10 ou 15 hectares, 2 ou 3 vaches et 2 ou 3 poules qui pondent dans leurs excréments avec des risques accrus de salmonellose. Ils oublient que ces fermes suffisaient à peine à assurer la subsistance des paysans.
Le FN se targue d ' être le seul parti à se soucier de la protection des animaux. Est-ce vrai ?
Non, c'est faux, évidemment : tous les partis ont des volets écologistes dans leur programme politique. Seul le FN n'en a pas un digne de ce nom. Leur « protection de la nature » vise surtout à défendre les animaux de compagnie et à condamner des « pratiques barbares », c'est-à-dire l'abattage rituel d'animaux. Le parti est très silencieux sur d'autres pratiques jugées barbares par nos concitoyens : chasse à courre, corrida, notamment.
Outre la protection des animaux, le FN s'intéresse-t-il vraiment à l'écologie ?
Non. Le seul qui avait un discours écologiste construit au FN, c'était Laurent Ozon. Mais il a été viré du parti. Aujourd'hui, le FN continue à défendre le nucléaire et l'extraction du gaz de schiste. On est loin des propositions écologistes faites par Bruno Mégret dans les années 90. De fait, le FN ne s'est jamais réellement intéressé à l'écologie, qui était considérée comme une activité de « bobo » par Jean-Marie Le Pen. Mais le parti sait qu'il y a un réservoir de voix à conquérir. Non pas chez les écologistes (qui ne voteront pas pour le FN), mais chez certains propriétaires d'animaux de compagnie et chez ceux qui sont choqués par l'abattage rituel. Par contre, parler de « véritable réservoir de voix » est, à mon avis, un peu risqué : les propriétaires de chats ne voteront pas pour le FN parce que Marine Le Pen aime ses matous… Ces électeurs votent déjà pour le FN pour d'autres raisons. Cette préoccupation ne fait que les conforter dans leur vote, c'est tout.
Que pensez-vous des mesures proposées par le cercle et de celles retenues par Marine Le Pen ?
Marine Le Pen formule quatre promesses pour la protection animale. C'est un thème porteur, effectivement, mais on reste quand même loin des volets écologistes des autres partis. D'ailleurs, le FN est très mal noté par les associations écologiques, à raison d'ailleurs. Les différents communiqués du collectif Belaud Argos ne condamnent que des pratiques visibles et donc symboliques à l'étranger : la prise de trophées en Namibie, la chasse à la baleine. On en reste au niveau des « bébés phoques » de Brigitte Bardot : une indignation superficielle et très ciblée.
Quel rôle Brigitte Bardot joue-t-elle au FN ? A-t-elle influencé le parti sur la protection des animaux ?
Elle ne joue pas de rôle direct. Au contraire, elle s'est éloignée du FN, la publicité d'une supposée proximité étant contre-productive pour la Fondation Bardot. Mais elle a peut-être influencé le parti sur la protection des animaux. Il ne faut pas oublier que Jean-Marie Le Pen adore ses chiens et sa fille, ses chats : il y a un terreau pour la défense des animaux de compagnie. La « protection des animaux », au FN, reste à ce niveau : la défense des animaux de compagnie, c'est tout.
Les associations de protection des animaux telle 30 Millions d'amis sont-elles proches du FN comme les cadres du parti le claironnent ?
Non, ce type d'associations n'est pas proche du FN. Ces associations sont plutôt apolitiques. Ce qui veut dire que, parmi ses adhérents/membres, il doit y en avoir certains proches du FN, mais on ne peut pas dire qu'elles sont proches du FN.
Y a-t-il une tradition de protection des animaux à l'extrême droite ?
Oui. En Allemagne, au début du XXe siècle, les völkischen (ethno-nationalistes-antisémites) furent parmi les premiers à défendre la nature et les animaux. Certains défenseurs de la nature, comme Robert Hainard, avaient une conception réactionnaire des sociétés. Cette défense de la nature est liée à une conception romantique du monde : il doit rester sauvage.

SOURCE : LE POINT - 13/10/2016





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